Malgré le rôle important joué par l’anthropologie dans les premières recherches sur la communication interculturelle et la psychologie transculturelle, et malgré le fait que la grande majorité des connaissances produites par les anthropologues repose sur la dynamique des rencontres interculturelles, les anthropologues s’intéressent davantage à la complexité des communautés culturelles particulières qu’aux interactions entre les groupes. Cela explique peut-être pourquoi les anthropologues ignorent que le domaine de la psychologie interculturelle a développé une théorie générale de la communication interculturelle qui s’étend sur plus de 75 ans, s’appuyant sur les premiers travaux importants d’Allport sur les préjugés. Après une introduction générale sur la nature paradoxale de la relation entre l’anthropologie et le domaine de la communication interculturelle, j’examinerai comment les travaux en psychologie sur la théorie du contact peuvent apporter une contribution positive aux débats au sein de l’anthropologie et, plus largement, dans l’ensemble des sciences sociales et de la psychologie. Enfin, je présenterai une nouvelle méthodologie, appelée « ethnographie indirecte », que des anthropologues québécois ont mise au point pour faciliter la documentation des dynamiques interculturelles dans des contextes urbains en pleine diversification et pour élaborer des outils permettant de concevoir des stratégies d’intervention visant à influencer les politiques interculturelles au sein des administrations locales. Les répercussions de cette approche sur la recherche en sciences sociales appliquées dans le domaine des relations interculturelles sont examinées.
Bob W. White est professeur titulaire au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal et directeur du Laboratoire de recherche en relations interculturelles (LABRRI). Depuis 2012, il dirige un partenariat de recherche multisectoriel sur les dynamiques d’inclusion dans l’espace urbain à Montréal. Il est coordonnateur du Réseau des municipalités en immigration et relations interculturelles du Québec (RÉMIRI) et membre du réseau de recherche inter-universitaire sur la migration G3 (Université de Montréal, Université de Genève, Université Libre de Bruxelles). Ses recherches actuelles sont consacrées à l’élaboration d’une théorie générale de la communication interculturelle.

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