Les traditions grecque et juive connaissaient bien la passion et ses effets dévastateurs. Elles comprenaient également les conséquences néfastes de l’abus de substances psychoactives. Pascasius a publié en 1561 une monographie sur le modèle pathologique de la dépendance au jeu. Très en avance sur son temps, certains chercheurs le considèrent comme le père de la thérapie cognitive. Son travail a été oublié. Sa redécouverte situe l’origine du modèle pathologique des dépendances en 1561. Que faisaient les scientifiques canadiens pendant que les États-Unis et le Royaume-Uni finançaient de vastes études sur l’efficacité des traitements contre les dépendances? Ils évaluaient l’efficacité des traitements, étudiaient les troubles concomitants et examinaient les troubles de stress post-traumatique chez les personnes suivant un traitement pour soigner une dépendance. Au cours de la dernière décennie, la présence d’opioïdes de synthèse a bouleversé le marché noir et entraîne un taux élevé de décès par surdose : plus de 52 000 décès depuis 2016. Tous les Canadiens sont exposés à des risques compte tenu des effets puissants de ces médicaments. Il y a environ une décennie, Internet était accessible partout dans le monde. De nombreux articles ont décrit les effets néfastes d’une exposition prolongée aux écrans sur le développement de l’enfant. Les jeux d’argent en ligne ont augmenté, tout comme les paris chez les jeunes. Il est difficile de mettre un terme à la publicité sur les réseaux sociaux et aux autres formes de publicité. Les opérateurs privés ou non agréés exploitent la propension à la prise de risque propre au cerveau des adolescents. Dans notre pays, on constate un manque criant de programmes de prévention destinés à de petits groupes précis.
Louise Nadeau, professeure émérite au Département de psychologie de l’Université de Montréal, est récipiendaire de l’Ordre du Canada (2018) et de l’Ordre national du Québec (2017), ainsi que membre élue de l’Académie canadienne des sciences de la santé (2016) et de la Société royale du Canada (2015). Ses travaux ont porté sur la prédiction de la récidive chez les conducteurs condamnés pour conduite avec facultés affaiblies, les troubles concomitants chez les personnes aux prises avec une dépendance, les jeux de hasard et d’argent et la cyberdépendance. Elle travaille actuellement sur l’histoire des dépendances en s’intéressant à un ouvrage publié en 1561 qui a changé l’histoire du modèle pathologique des dépendances.
Louise Nadeau a notamment été vice-présidente du conseil d’administration des Instituts de recherche en santé du Canada (2000-2006) et membre du conseil d’administration de l’Université de Montréal (2016-2020), de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (2010-2018), de l’Initiative de recherche sur le VIH/sida et autres ITSS des IRSC (2013-2016) et du conseil consultatif de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies (IRSC) (2008-2013).
La professeure Nadeau a reçu, entre autres, le prix du Québec Marie-Andrée Bertrand 2012, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec dans le domaine des sciences; le prix Acfas Pierre-Dansereau 2013, qui récompense l’engagement social d’un scientifique, décerné par l’ACFAS; ainsi que le Prix de la ministre en enseignement supérieur (2022). Elle a été élue « Personnalité de la semaine » dans La Presse (31 décembre 2012) et sa photo a été exposée au métro Place d’Armes.

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